Écriture : de l’intérêt de la cueillette des fruits.

Écriture : de l’intérêt de la cueillette des fruits.

Je ne donne pas souvent de conseils d’écriture. Je ne sais pas pourquoi… je ne me sens pas à l’aise dans l’exercice… peur de ne pas être légitime, peut-être… ou alors je hais les jeunes auteurs et je veux qu’ils souffrent comme j’ai souffert. Allez savoir !

Je ne vais donc pas vous en donnez (faites ce que vous voulez ! Vous êtes grands !), mais seulement vous expliquer comment je fais. À vous d’adopter, d’adapter ou de vous tamponner de ma méthode : celle d’arrêter d’écrire et d’aller cueillir des fruits.

Ma méthode ? Arrêter d’écrire.

Par exemple, lorsque je planche sur un passage difficile et que je n’en vois pas le bout, que je doute de la pertinence de ce que je fais ou que je coince complètement (conditions non exclusives), j’éteins mon ordinateur, je prends une corbeille et je parts cueillir des fruits (chez mes beaux parents comme cet été, ou dans le bois de Vincennes le reste du temps). Dernièrement, j’ai cueilli des mûres et des prunes. Elles sont chouettes cette année. Au printemps, j’essaye de trouver du tilleul ou de la menthe ; à l’automne, on trouve des noisettes et des prunelles même en ville. S’il n’y a rien alentour, je vais acheter des haricots ou des petits pois que j’écosse, ou une cagette de mirabelles à dénoyauter.

Il faut que l’exercice soit long, répétitif et qu’il occupe les mains (comme ça, pas de téléphone. Malin !). À la limite, je trie les legos de mes gosses, ou je brosse le briard du voisin, ça marche aussi.

Exemple de plante à ne pas cueillir du fait de sa toxicité (si quelqu’un connait son nom, je suis preneur).

Surtout pas de musique, pas de télé. C’est important pour moi qui me distrais facilement. Par contre la rumeur de la campagne ou celle de la rue, ça peut aller.

Pourquoi pas de musique ? Parce que je ne cherche pas à faire venir à nous une atmosphère ou une histoire. L’histoire, l’atmosphère, je les ai déjà et je baigne dedans depuis longtemps. Il ne faut donc rien de trop évocateur : je dois me concentrer !

Et je ne sais pas vous, mais moi, je suis incapable de dénoyauter des mirabelles, d’écouter de la musique et de réfléchir à une histoire en même temps. C’est au-delà de mes forces.

Au bout de quelques minutes de cueillette ou de dénoyautage, mon corps commence à fonctionner en mode automatique, un geste après l’autre. Je commence alors à m’ennuyer comme un rat, ou à flotter dans une semi-torpeur confortable. Les deux cas sont bons. C’est alors le moment de laisser mon histoire se dérouler dans mon esprit.

Pendant le film, j’essaye de me rappeler les points qui me dérangeaient. Vous savez, ces endroits où un recoin de votre esprit, en arrière plan, vous murmurait « il y a un truc qui ne va pas. » Ce peut-être un élément de scénario oublié, le rôle ou le caractère d’un personnage pas assez développé, un passage qu’au fond, je ne trouve pas assez fouillé. En les évoquant, des solutions s’offrent souvent à moi. Je laisse mon esprit les explorer sans contrôle. Quand j’en ai fait le tour, je reviens sur les plus prometteuses. Tant pis si je dois recommencer l’histoire dix fois : contrairement au papier, l’usage du cerveau est complètement gratuit.

Souvent, pendant cette phase, je rigole tout seul, ce qui est bon signe.

Ensuite, je passe en revue les questions ouvertes au fur et à mesure de l’enquête et je vérifie si je n’en ai pas oublié une en route.

Je repense notamment à la scène finale pour vérifier qu’elle résout bien toutes les problématiques ouvertes. Si ce n’est pas le cas, j’essaye de trouver des idées pour régler le problème (ajouter une révélation de plus au climax n’est pas souvent une bonne solution).

Et aussi, je fais parler mes personnages entre eux. Je laisse leurs caractères et leurs motivations décider de l’orientation du dialogue. Souvent, pendant cette phase, je rigole tout seul, ce qui est bon signe (sisi, je vous jure).

Évidemment, les mains occupées, je ne peux rien noter et il va falloir coucher une synthèse de tout ça sur papier (ou écran) le plus vite possible. J’en perds toujours un peu en route (surtout les dialogues), mais globalement les meilleurs idées restent.

J’ai appliqué cette technique assez souvent et encore pas plus tard qu’hier (j’ai écossé des haricots de Paimpol). Bilan :

    Un climax modifié en profondeur.
    Un personnage secondaire recentré, avec des motivations très différentes.
    Une conclusion ébauchée, bien meilleure que celle que j’avais prévue au départ (et qui me satisfaisait pourtant).
    2kg de haricots en grain, premier choix.

De quoi régaler ma famille cette semaine ET mes lecteurs un peu plus tard.

Vous m’en direz des nouvelles !


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