Homo Sapiens au Collège de France.

Homo Sapiens au Collège de France.

Dernièrement, je me suis mis à repeindre la salle de bain des gosses. Elle était en faux marbre de Carrare du sol au plafond, un truc à vomir. Oui je sais, la vie quotidienne d’un auteur est passionnante.

Homo sapiens idaltu, Herto, Ethiopie, Addis Ababa national museum• Crédits : Wikicommons, Alessandrosmerilli

Histoire de ne pas perdre totalement ma vie à étaler de la résine hautement toxique dans une pièce de 4 mètres carrés pas vraiment aérée, je me suis mis en tête d’écouter les cours que le collège de France retransmet en podcast (du moins ceux que je peux suivre, parce qu’en math par exemple, le niveau est beaucoup trop haut pour moi).

J’ai donc jeté mon dévolu sur Homo Sapiens, l’espère orpheline, présenté par Jean Jacques Hublin, 9 cours d’une heure que j’ai écouté en entier (preuve que je ne suis pas super rapide, ou alors trop méticuleux, ou encore que la salle de bain de mes gosses est beaucoup plus grande qu’il n’y paraît).

C’était passionnant et il faudrait des dizaines d’articles pour en faire le tour. Dommage, mais je vais devoir tout condenser en une page.

 

1 / Pour commencer, notre développement est intimement lié aux catastrophes naturelles. Les glaciations, bien sûr, qui réduisirent et isolèrent les groupes d’Homo Erectus les uns des autres, soit par la glace (en Europe et en Asie), soit la sécheresse (par l’extension du Sahara). Car l’Homo Erectus est le premier à avoir colonisé l’Afrique et l’Eurasie. Sans les glaciations, nous serions complètement différents, voire pas développés.

2 / Il faut arrêter de se voiler la face. On a fait disparaître tous nos concurrents, en récupérant à peine deux ou trois gènes au passage. Comment ? En prenant toute la place disponible, probablement. Pas besoin de massacrer le concurrent d’une même niche écologique. Il suffit d’être plus nombreux et de manger plus efficacement.

3/ Les néandertaliens ont cherché à s’adapter. En effet, on a retrouvé des gisements de fossiles néandertaliens qui utilisaient des technologies proches de celles des homo sapiens voisins. Échange culturel ou inspiration ? On ne sait pas.

4/ Nous avons hérité de quelques gènes néandertaliens (pour les Européens) et d’homme de Dénisova (pour les asiatiques et les aborigènes). Du côté dénisoviens, il s’agissait (entre autres) du gène qui permet de capter plus facilement l’oxygène de l’air, ce qui permet aux Tibétains de s’acclimater à la vie en altitude. Pour nous autres, nous avons hérité du gène « oeil clair » et « taches de rousseur ».  C’est ce qui nous permet d’être si mignons, je suppose. Pour la couleur de la peau, rien à voir, car il y a encore 15000, les blancs n’existaient pas. Il y avait des blonds aux yeux clairs ET à la peau mats. Ce changement de couleur de peau est probablement dû à une adaptation climatique locale.

4 bis / Nous différons des autres hominidés par nos petites arcades sourcilières, notre menton pointu, mais aussi par une toute petite pointe osseuse à l’arrière du crâne, juste au-dessus de la jonction des vertèbres avec le crâne. Tâtez pour voir.

5/ Les homo sapiens savaient faire beaucoup plus de choses que tailler des cailloux. On a retrouvé des outils permettant de tresser des cordes sans limites de longueur, d’autres servant à tailler de l’osier ou des ronces, ce qui pourrait laisser à penser que le tressage de panier était peut-être une technique connue. Ajouter les aiguilles qui sont connues depuis longtemps des archéologues, et vous avez une technologie très proche de celles des Indiens d’Amérique avant la conquête de l’ouest. Pas si primitif qu’on le représente généralement, n’est-ce pas ?

7/ Pendant plus de 100000 ans, tous les hommes modernes portaient sur eux des ornements en escargot de mer, toujours de la même espèce et même lorsque la mer était à plusieurs milliers de kilomètres de là. On y voit donc toute la complexité des échanges culturels déjà à l’époque.

8/ Pendant le cours numéro 7, une heure est consacrée au peuplement de l’Australie, que je peux vous résumer en quelques points.

  • Les aborigènes sont arrivés vers -50 000 en Australie, via la Papouasie si on en croit la proximité génétique des deux groupes, soit via l’Asie du Sud-est (la Papouasie étant colonisée plus tard).
  • Ils sont tombés nez à nez avec une faune qui avait été isolée depuis des millions d’années et où le marsupial était roi.
  • Ils ont profité de la glaciation pour traverser à pied sec (théorie asiatique) ou par cabotage (théorie papoue). Certaines légendes aborigènes racontent l’arrivée du premier homme dans le nord du pays. Des légendes qui ont peut-être 50 000 ans !
  • Les aborigènes ont de toute façon quitté l’Asie à un moment où à un autre. En passant, ils ont fait zizi panpan avec des hommes de Dénisova, des cousins orientaux des Néandertaliens. On ne sait pas trop si ces rapports étaient consentis ou pas. En tout cas, on a retrouvé des fossiles dont les gènes prouvaient une hybridation d’aïeux proches.
  • À l’époque, les aborigènes affichaient une technologie très en avance sur celle des autres homo sapiens à la même époque. Par exemple, ils utilisaient de l’ocre pour faire des peintures mortuaires, 20000 ans avant les autres. Ils ont inventé la carte pour trouver des points d’eau 25000 ans avant l’invention de l’écriture. Ils utilisaient la technique du brûlis pour chasser et pour modifier leur environnement en toute connaissance de cause (technique encore utilisée aujourd’hui). Ils polissaient des haches en plein paléolithique, alors que la technique n’apparut ailleurs qu’au néolithique, soit 20000 ans plus tard. Plus tard, ils furent les premiers connus à utiliser la pisciculture (bassin de Murray).

9/ On pensait jusqu’à présent que la colonisation du nord de l’Amérique datait de -13000 environ (période Clovis, du nom d’un gisement proche de la ville du même nom). Mais ça, c’était avant. Car il y a quelques années, on a découvert au Chili (donc vachement plus au sud), un gisement d’ossement datant de -14000. On va devoir se creuser la tête pour trouver une explication.

9bis / à propos du Carbone 14, il faut savoir que cette technique consiste à mesurer la présence résiduelle d’un isotope radioactif de carbone, stocké dans les os. Ce carbone est présent dans l’atmosphère et nous l’accumulons toute notre vie. A notre mort, il se dégrade progressivement, jusqu’à disparaître complètement au bout de quelques dizaines de milliers d’années. Ce que j’ignorais en revanche, c’est que la quantité de C14 présent dans l’air varie suivant les époques. L’échelle qui permet de relier temps passé et quantité de C14 n’est pas du tout linéaire (ce qui ne fut découvert que dans les années 60) et il convient de procéder à des corrections en comparant les datations avec d’autres méthodes.

10/ Le dernier cours de la série est entièrement consacré à l’impact écologique des homo sapiens des débuts. Bilan assez nase : non seulement nous avons fait le ménage dans notre propre famille, mais notre seule présence sur un continent assurait la disparition rapide de la plupart des grands carnivores, des oiseaux coureurs et celle un peu plus lente des gros herbivores. Pourquoi les gros herbivores ? Parce qu’il s’agit d’animaux à développement lent, se reproduisant peu et que les Sapiens dans leur grande sagesse (gag) ont toujours privilégié les proies adultes, négligeant les vieux et les jeunes (contrairement à tous les autres prédateurs). Du coup, très rapidement s’en suit un déséquilibre démographique dans l’espèce attaquée, qui s’éteint. Et l’homo sapiens, s’en battant l’oeil, allait un peu plus loin massacrer un autre troupeau. J’en conclus que le respect de la nature des aborigènes et des Indiens d’Amérique est apparu sur le tard et que cette tendance à bousiller tout ce qui nous entoure remonte à nos origines. Pas de bons sauvages, malheureusement.

 

Pour en savoir (beaucoup) plus, je vous recommande d’aller écouter ces cours magistraux, qui valent vraiment le détour. J’ai commencé celui sur l’apparition du langage et je ne manquerai pas celui sur l’histoire de la ville d’Ur, en Mésopotamie (j’ai déjà appris qu’Agatha Christie y a rencontré son futur mari qui était archéologue).

2 Replies to “Homo Sapiens au Collège de France.”

  1. Je ne regrette pas de t’avoir demandé ce résumé. Il est vraiment chouette et donnerait presque envie de repeindre une salle de bain.

  2. Alors pour la peinture du carrelage, je te conseille de bien enlever le papier collant lorsque le vernis est encore frais. 🙂

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