Pareil que les sumériens

Il y a quelques semaines, j’ai dévoré « l’histoire commence à Sumer » de Samuel Noah Kramer, aux éditions Flammarion. C’est un classique passionnant alliant linguistique et archéologie et l’un des premiers livres de vulgarisation autour de la civilisation sumérienne.

Couverture de l’Histoire commence à Sumer, de Samuel N. Kramer

Pour ceux qui auraient besoin d’un petit aide-mémoire, la civilisation sumérienne s’est étalée entre 3000 et 2000 av. J.-C.. C’est la première à notre connaissance à avoir inventé l’écriture. On leur doit la première épopée, celle de Gilgamesh, que Robert Silverberg a modernisé dans son magnifique Gilgamesh, Roi d’Ourouk (d’ailleurs, on sent bien que Silverberg a lu Samuel N. Kramer).

Bien que le livre soit un petit peu daté (la première édition date des années 50), l’Histoire Commence à Sumer est ouvrage vraiment passionnant est relativement facile d’accès : même si certaines traductions sont relativement hermétiques, les explications de textes de l’auteur sont claires parfois amusantes et par bonheur toujours valables (à quelques nuances près) malgré l’avancée de l’Archéologie.

Alors, qu’est-ce qu’on apprend de beau dans ce très intéressant ouvrage ?

Beaucoup de choses, car l’auteur présente présente des aspects de la vie quotidienne, des mythes, de la cosmologie, de la politique, de la justice, de la médecine décrits par les Sumériens eux-mêmes dans différentes tablettes retrouvées et traduites depuis le XIXe siècle.

Ce que j’y ai appris surtout, c’est que les Sumériens avaient à peu près les mêmes problèmes que nous. Par exemple, leurs écoliers avaient tendance comme les nôtres à sécher les cours, où les coups de bâton pleuvaient dru. De leur côté, les professeurs se plaignent déjà de leur salaire. Les parents disaient à leurs enfants : « ah la la ! Les jeunes de maintenant, c’est plus que c’était. »

Élèves comme professeurs trouvaient entre eux de petits arrangements, comme on le voit dans un texte où l’on montre le père d’un élève soudoyer son professeur pour que ce dernier ait la main moins leste. Noter que je ne cherche à donner des idées aux professeurs de l’Éducation nationale qui me lieraient.

Les Sumériens s’appelaient entre eux « les Têtes Noires » en raison de la couleur de leurs cheveux. Ils étaient par ailleurs assez coquets et passaient pas mal de temps à s’habiller.

Les Sumériens étaient probablement d’anciens nomades s’étant établis sur les ruines de la civilisation précédente, les Obeïdes. Cette culture, qu’on connaît surtout pour ses poteries, n’avait pas encore inventé l’écriture, mais avait déjà implanté de grosses bourgades un peu partout, articulées autour de grandes bâtisses communes (peut-être des tentes). Les Sumériens avaient pris le pouvoir dans la région, fondant entre autres Uruk. Les épopées de Gilgamesh et des autres rois d’Uruk (Lugalbanda, grand-père de Gilgamesh et Enmerkar son précédesseur).

Ils étaient très amateurs de crème et de produits laitiers, au point que le dieu de l’élevage avait la préséance sur la déesse de l’agriculture. Ils étaient amateurs de fromage (vache et brebis) qu’ils servaient avec du miel dans les grandes occasions. La crème était le mets de choix par excellence. On comparait la peau des femmes, la douceur des mères, les vertus des déesses à la crème.

Le dieu de l’élevage, mari de Inanna, la grande déesse, a eu le malheur de la remplacer en enfer (où elle s’était retrouvée pour une sombre histoire de jalousie) pour un regard de travers. Il est donc un dieu de la vie et en même temps un dieu de l’enfer.

En parlant d’Enfer, Gilgamesh, dont j’ai parlé plus haut, devint un juge de l’Enfer après sa mort, ce qui n’est pas si mal pour un homme qui aspirait à devenir immortel.

Les scribes sumériens adoraient répéter trois fois chaque vers. Ils adoraient répéter trois fois chaque ligne d’un poème. Ils répétaient trois fois chaque ligne et ils aimaient ça (Tiens, je crois que j’ai trouvé une super astuce pour écrire facilement une trilogie, moi).
Ils aimaient aussi écrire des fables, et plusieurs de celles retrouvées sur les tablettes d’argile ressemblent étonnamment aux fables d’Ésope, qui ne furent écrites que 1500 ans plus tard.

La justice sumérienne était assez avancée. Ils utilisaient toute une jurisprudence que les juristes actuels n’ont pu que saluer. D’ailleurs, le premier code de loi ne date pas d’Hamourabi (-1800), contrairement à ce qu’on nous a dit à l’école (et dans le jeu Civilisation), mais encore une fois des Sumériens : on a retrouvé plusieurs extraits de codes de loi plus vieux d’un millénaire.

Pour en savoir plus, il va vous falloir lire ce petit bouquin, qui n’est pas un classique pour rien.

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