Lecture et culture – le point de vue de Joyeux Drille

Bonjour, je m’appelle Christophe, mais certains d’entre vous ont déjà pu croiser mon jumeau maléfique sur les réseaux sociaux, sous le pseudo de Joyeux Drille. Soyons clair tout de suite, je ne suis pas écrivain, je suis un simple lecteur. Mais alors, que viens-je faire sur le blog d’Olivier, me direz-vous ? Je me le suis demandé aussi quand il m’a invité à écrire un billet…

Et puis, j’ai compris (enfin, je crois) ce qu’il attendait de moi… Mais, avant d’y venir, il faut que je vous parle un peu de moi (désolé, vraiment…). J’aime lire. Je lis beaucoup. Tout le temps, ou presque. Je dois ça à mes parents et grands parents, à cette chance de naître dans une famille où le livre avait sa place. Mon père est un féroce lecteur, lui aussi, et ma grand-mère a eu la bonté de me faire la lecture quand j’étais tout petit, et même une fois que je savais lire.

Tout cela contribue, je crois, à forger l’imaginaire, à le muscler (oui, je pense que cela fonctionne exactement de la même façon : si l’on exerce pas son imaginaire, il s’atrophie). On lit, on s’immerge dans une histoire, dans un décor, dans une ambiance. On dit qu’on est captivé, le mot est fort : emprisonnement ou fascination, la puissance de la lecture pourrait, avec un peu de recul, paraître angoissante. Mais nous aimons ça, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, parfois…

Je suis donc un lecteur, un lecteur à gros appétit… Et mon imagination carbure du matin au soir, sans doute aussi la nuit quand je dors, saute d’une histoire à l’autre, d’un univers à l’autre, d’un genre à l’autre. Je suis un lecteur éclectique, je lis de la littérature blanche, du thriller et du polar (genres de prédilection de mon père, ce qui explique que j’en lise beaucoup, depuis que j’ai commencé à piller sa bibliothèque), du roman historique, des littératures de l’imaginaire, aussi. Et plus encore depuis une dizaine d’années, depuis que j’ai eu la chance de devenir modérateur aux Imaginales1

Si je devais trouver un épithète pour qualifier le lecteur que je suis, je crois que ce serait : curieux. J’ai toujours été comme ça, je crois. Un besoin de savoir, d’apprendre, de découvrir, qui est aussi une des raisons de mon envie de lire. Adolescent, lorsque je lisais à la maison, c’était avec le dictionnaire à portée de main. J’avais suivi les conseils d’un professeur et je notais dans un répertoire les mots dont j’ignorais le sens avec leur définition ; ensuite, régulièrement, je les relisais pour que ça se grave dans ma mémoire et que ça puisse resservir. Bien plus excitant, à mes yeux, que d’apprendre le théorème de Thalès, auquel je ne comprenais rien…

Par la suite, j’ai fait la même chose avec des citations issues de livres, de films, de journaux… Tout ce qui pouvait me passer sous les yeux. En fait, tout est prétexte à collecter de l’information. Je pratiquais la sérendipité comme Monsieur Jourdain faisait de la prose. Et puis, en entrant dans l’âge adulte, tout cela s’est un peu plus affirmé, la curiosité a franchi un palier supplémentaire.

Le sens des mots, c’est très bien, mais ça ne suffisait plus. L’imagination réclamait son dû, mais avait besoin d’un peu plus que ça. Bien sûr, lorsqu’on se retrouve plongé dans des mondes créés de toutes pièces par les auteurs, que ce soit sur une lointaine planète ou dans un passé reconstitué (fantasy, steampunk), l’imagination doit travailler sur de l’abstrait, et c’est peut-être là qu’elle atteint son paroxysme.

Mais, et c’est valable pour la plupart des genres littéraires, y compris, quelquefois, les genres de l’imaginaire, l’imagination se heurte parfois à un plafond de verre : la réalité. Dans Le Temple de la grue écarlate, de Tran Nhut2 (oui, j’ai ressorti les petits carnets), un des personnages explique ce que sont les Six Poussières dans la discipline bouddhiste : la beauté, le parfum, le son le toucher, la saveur, l’imagination. Autrement dit, l’imagination est placée au même niveau que nos cinq sens. Intéressant, non ?

Oh, bien sûr, on peut jouer à tout réinventer, tout reconstituer à sa manière, mais, parfois, voir, entendre, goûter, toucher, sentir, cela peut apporter un supplément à la lecture. Je ne suis pas un révolutionnaire ou un inventeur : l’homme dessinait sur les murs de sa caverne, puis il a peint ce qu’il voyait, puis il a cherché à animer ces images, puis il y a ajouter du son, de la couleur, de la perspective, de la profondeur et même des odeurs.

Eh bien, j’essaye de faire pareil avec mes lectures, évidemment, dans le domaine du possible. J’ai longtemps été frustré par cela. Je me souviens de ma lecture de La Course à l’abîme, de Dominique Fernandez3, biographie romanesque du Caravage : je rageais de ne pouvoir lire en ayant à côté de moi les représentations (soyons modestes!) des tableaux du peintre, parce qu’il me semblait que ça aiderait à apprécier mieux encore ce que je lisais, à mieux le comprendre et donc, aussi, à mieux me le représenter.

Et puis, je me suis abonné à internet. Jusque-là, je ne l’utilisais que dans un cadre professionnel, je n’avais pas jugé utile d’avoir une connexion personnelle. Mais, je travaillais en CDD, j’avais donc un peu plus de temps libre et rester en contact, avoir accès à sa boîte mail devenait important, même lorsque je n’allais pas au bureau. J’en ai alors profité pour utiliser ses outils à des fins plus personnelles, également. Et donc, en lien avec mes lectures.

Vous allez dire que je suis un obsessionnel, c’est peut-être le cas, je ne sais pas… Comme, des années plus tôt, j’ouvrais le dictionnaire pour y trouver le sens d’un mot, j’ai commencé à utiliser les moteurs de recherche pour trouver des éléments pouvant nourrir ma lecture, apporter des informations, permettre à mon imagination de visualiser, d’entendre, de sentir, au sens large du terme. C’est devenu une habitude, du moins quand c’était possible.

Et puis, sont arrivés les réseaux sociaux. Le processus a été le même que pour internet : je ne voyais pas l’intérêt d’y être dans un premier temps. Jusqu’à ce que je me retrouve avec du temps, beaucoup de temps… D’abord, je me suis abonné à un forum consacré à la lecture, j’ai rencontré virtuellement d’autres lecteurs, j’ai discuté, échangé, crée ma bibliothèque virtuelle, etc.

Et comme j’avais vraiment du temps, j’ai ouvert un blog4 sur lequel j’allais pouvoir dire plein de choses sur ce que je lisais et engendrer de passionnantes, interminables et enrichissantes discussions (bon, aujourd’hui, je dis toujours plein de choses, mais les discussions, ça n’a pas donné le résultat escompté…).

Ensuite, il y a eu Facebook, plus tard Twitter. Toujours dans l’idée première d’y glaner de l’information, et non pas de se mettre en avant. Et l’occasion aussi de partager ses lectures et de le faire même en temps réel…

En fait, tout a vraiment commencé en juin 2015, si j’en crois la date du billet. Je lisais Pukhtu : Primo, de DOA5, roman dans lequel il y a une « bande-son » assez spéciale. C’est-à-dire que, dans le cadre de l’histoire, l’auteur cite des morceaux de musique que ses personnages écoutent ou qui se trouvent en fond sonore d’une scène. Parmi ces titres, je découvre Le Troublant témoignage de Paul Martin6, un titre des années 1970 dont l’interprète n’est autre que Jean-Pierre Castaldi. Je ne connaissais pas du tout ce titre, j’ouvre donc Go… euh, un moteur de recherche et j’écoute cette chanson. Et je me dis alors, c’est trop kitsch, je ne peux pas garder ça pour moi !

Je partage donc la chanson sur mon mur sur Facebook et sur mon fil Twitter, assorti d’un commentaire du genre : j’ai trouvé ça dans le livre que je lis, en donnant le titre et l’auteur. Et là, ça bouge, ça réagit, des likes, quelques commentaires, même… Rebelote avec d’autres morceaux tirés du livre…

Puisque cela intrigue, je me dis que je pourrais continuer. Partager les musiques des livres que je lis, ça crée une ambiance, ça donne des pistes. Et ça suscite surtout, quelquefois, la curiosité… Alors, je persévère et parce que je suis un #HomoCommunicans, j’assorti ces partages, en particulier sur Twitter, d’un hashtag #EntenduDans et qui m’aime me suive ! Que chacun s’empare à sa façon de cette idée, l’utilise ou pas selon ses envies…

Le résultat a été encourageant, alors, j’ai continué et j’ai proposé #VuDans, même principe, mais pour les paysages, les monuments, les œuvres d’art… Tout ce qui est cité dans un livre et qui peut être vu, apportant des éléments nouveaux au lecteur. On croise aussi, mais c’est plus rare, des #MangéDans (recettes particulières qui m’ont mis l’eau à la bouche) ou #BuDans…

A chaque fois, il y a un minimum de contexte. Le but, ce n’est pas de raconter le livre, c’est de titiller l’imagination de ceux qui me suivent. Tiens, ce livre se passe là, ça m’intéresse ou ça m’intrigue, c’est joli, j’ai envie de découvrir plus, ou il y a de la drôlement bonne musique, là-dedans, etc.

Certains trouveront peut-être que je « flood », parfois, ils auront sans doute raison. Mais, il y a un vrai plaisir personnel à savoir dans quel contexte cela intervient, par rapport aux réactions. Quand j’ai un « j’adore cette chanson ! », alors qu’elle est en fond d’une scène particulièrement sordide, je souris bêtement devant mon écran… Ou qu’on me dit : « J’y suis allé, c’est magnifique ! » à propos d’un lieu qui sert de cadre à une scène poignante…

Reste que je suis un lecteur plein d’abnégation, pour reprendre le mot qu’une romancière m’a récemment laissé, alors que je lisais un de ses livres en publiant des #EntenduDans et des #VuDans. Je fouille, de cherche, je déniche… J’aime bien, par exemple, quand je lis un roman historique, savoir qui a réellement existé et qui est le fruit de l’imagination de l’auteur. J’adore mettre en parallèle un événement évoqué dans le livre et son importance effective sur le plan historique… En un mot comme en cent, je me cultive. Et j’ai trouvé un moyen de le faire en prenant du plaisir, puisque c’est à l’appui des livres que j’ai choisis de lire.

Dans une vie antérieure, j’étais animateur radio. Quand j’ai appris ce métier, un de mes formateurs m’a inculqué cette devise que je garde précieusement en tête : informer, cultiver, divertir. Aujourd’hui, je l’applique différemment, à travers ce que je lis. Et, à tort ou à raison, j’ai souvent l’impression d’aller me coucher moins bête le soir.

 

Joyeux Drille

 

 

1Un merveilleux salon consacré aux littératures de l’imaginaire, et en particulier la fantasy, qui se déroule chaque année en mai, à Epinal. https://www.imaginales.fr/

2Aux éditions Philippe Picquier, il s’agit du premier volet d’une série de polars historiques se déroulant dans le Vietnam duXVIIe siècle et mettant en scène le mandarin Tân et son acolyte, le lettré Dihn. http://www.editions-picquier.fr/catalogue/fiche.donut?id=188&cid=

3Disponible au Livre de Poche. http://www.livredepoche.com/la-course-labime-dominique-fernandez-9782253112754

4Appuyez sur la touche « lecture » : https://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.fr/

5Désormais disponible chez Folio, tout comme sa suite. http://www.folio-lesite.fr/Catalogue/Folio/Folio-policier/Pukhtu

6https://www.youtube.com/watch?v=bAOLNnc6jxE

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