L’univers d’Evariste Cosson en questions

L’univers d’Evariste Cosson en questions

Il y quelques mois (hum…) Mathieu Bossu m’a posé quelques questions concernant Evariste. Je m’empresse (re-hum) de lui répondre, alors que je mets la dernière main à une nouvelle aventure de mon consultant de l’occulte.


Mathieu : L’activité d’Evariste en consultant en ingénierie occultisme industriel et commercial est-elle librement inspirée de cabinets réels ?

Je n’ai encore trouvé aucun occultiste proposant ce genre de prestation. Cela dit, des cabinets de voyances proposent leurs services à des entreprises comme aide au recrutement. Des numérologues et des graphologues proposent la même chose (le recrutement par graphologie est en perte de vitesse, heureusement, mais il a malheureusement eut son heure de gloire alors que la graphologie ne repose sur rien de sérieux).

Mathieu : La communication avec les défunts via ondes téléphoniques est-elle une théorie prônée par certains ou une pure invention ?

Pure invention de ma part. Mais après quelques recherches, j’ai découvert que Thomas Edison avait lancé la rumeur de l’existence d’un téléphone permettant de communiquer avec les morts, en voulant faire marcher un journaliste. La rumeur fut relancé en 1941 quand des médiums affirmèrent avoir été contactés par l’inventeur qui leur auraient donné les instructions pour construire un tel appareil. Un des médiums, Gilbert Wright aurait tenté de le fabriquer, entre 1941 et sa mort en 1959. Depuis, la télévision, les photos et les enregistrements audio sont devenus une mine pour les médiums de tous poils, sans doute parce qu’ils sont très faciles à truquer.

Thomas Edison

Mathieu : T’es-tu documenté pour la description du cabinet de voyance de Nadine ?

Pas du tout. Je me suis seulement demandé à quoi ressemblerait un cabinet de voyance s’il était géré par un entrepreneur sérieux.

Mathieu : La déesse Angerona existe-t-elle réellement et si oui le rituel de discrétion, ou quelque chose s’en approchant, était-il pratiqué chez les Romains ?

Angerona est effectivement une déesse mineure romaine (sans lien avec le panthéon grec). Elle est effectivement déesse du silence et de la discrétion. Elle était représentée comme une femme avec un doigt sur les lèvres. Elle était une des déesses protectrices de Rome, en charge du nom secret de la ville. Oui, car Rome avait plusieurs noms. Flora était son nom sacerdotal, par exemple. Le nom secret, qu’il était interdit de prononcer à haute voix sous peine de mort, était en en fait le nom d’une divinité protectrice. Un prêtre ennemi aurait pu prier ce dieu de quitter Rome, si son nom avait été connu. De nos jours, on suppose que ce nom secret était soit Amor, soit Valentia, soit Angerona (ce qui serait une bonne blague).

Statue d’Angérona en plein travail (Schonbrunner garten, Vienne)

Mathieu : Le Verseau est-il sensé avoir une réelle influence sur le champ mystique terrestre dans les théories astrologiques ? Et d’ailleurs, qu’est-ce que ce champ mystique terrestre ?

En fait, si on tape « champ mystique terrestre » sur google, la seconde entrée est une extrait d’Evariste. Pas mal, hein ? La première est un site sur des théories jungiennes qui m’ont l’air bien, bien absconses. On trouve aussi quelques sites New Age bien moches prétendant que les sites sacrés du monde entier ont été construits sur des points importants du champ gloubiboulguesque terrestre. D’autres parlent de l’énergie de la Terre qui veille à notre bien être.

En réalité, j’ai piqué le concept à des épisodes du docteur Strange des années 70, écrit et dessiné Stan Lee et Steve Ditko. À l’époque, les deux compères devaient tourner aux psychotropes pour pondre des trucs pareils. Et puis la traduction parfois un poil bâclée des éditions françaises en rajoutait une couche.

J’ai mélanger cette soupe très stimulante à la théorie New Age qui veut que l’ère du Verseau, commencé un peu après l’an mille, apporte des changements spirituels importants au moment de son apogée (en gros, maintenant).

Je suis assez content de mon cocktail, pour être tout à fait franc.

Mathieu : Peux-tu nous expliquer pourquoi le temps est censé fluctuer autour des personnes douées de divination ?

Dans l’univers d’Evariste, l’Abîme est un univers parallèle au nôtre, mais où il y a trois dimensions de temps en plus des trois d’espace (on se retrouve avec dix dimensions en tout dans l’univers, les physiciens travaillant sur la théorie des cordes me remercieront un jour). Dans cet univers, ce n’est pas la gravité qui déforme l’espace-temps, mais la magie de l’âme. Les voyants et les gens doués de pouvoirs occultes ont donc une influence plus ou moins forte sur le temps.

Mathieu : Evariste possède le Don mais il ne s’agit pas de divination. Gideon est un sorcier. Peux-tu nous en dire plus s’il te plait ? Y a-t-il plusieurs courants/arts magiques et quelles sont les différences ?

J’ai voulu montrer la magie sous un jour mêlant l’occultisme occidental, les différents chamanismes et la magie façon Marvel. J’ai donc utilisé ce que j’ai pu trouver sur la magie et mythologie Chimbu (ça m’a coûté cher en bouquins rares) pour donner ce côté sorcier papou à Gidéon. Il est proche de la nature. Il invoque des créatures de chez lui, possède les animaux ou concocte des potions et des amulettes. Pour Évariste, j’ai lu des traités d’occultisme de différentes époques et des grimoires de sorcellerie européenne pour mettre au point sa magie. Il invoque des dieux oubliés, trace des pentacles avec du sang de vierge, quitte son corps pour posséder des gens, etc.

Mathieu : Y a-t-il une inspiration concernant le Cercle des Arts Télésthétiques ?

Pas vraiment. Je cherchais un antagoniste marrant. Au début je pensais à une vieille mémé voyante, mais je n’arrivais pas à lui trouver un moteur très cohérent. En faire la présidente d’un syndicat de vieux psychorigides a tout débloqué.

Mathieu : Peux-tu nous en dire plus sur la tribu chimbu de Nouvelle Calédonie et ses sorciers escapologistes ?

Les Chimbus sont une ethnie importante des hauts-plateaux de Papouasie Nouvelle-Guinée. Je les ai choisis parce qu’ils sont réputés belliqueux et que leur culture est assez austère, par rapport à certains de leurs voisins. Jusqu’à la pacification par les missionnaires, ils étaient plus où moins perpétuellement en guerre. Ce qui explique la structure de leurs villages : une maison des hommes au milieu des huttes des femmes, ce qui permet d’attaquer en force tout intrus qui viendrait tenter d’enlever une femme. J’ai un peu amplifié ces traits pour donner un peu relief au personnage de Gideon (Gideon Bomba est un vrai nom chimbu moderne. Je l’ai trouvé dans l’annuaire).

Sympathique famille festive, d’humeur festive.

Mathieu : La projection astrale est souvent utilisée dans la littérature fantastique et Evariste la pratique également. Peux-tu nous en dire plus sur l’Abîme, la Frange, la projection astrale, les aura qu’on y perçoit ? Les sources et théories doivent être nombreuses sur le sujets. Quels sont les choix que tu as faits? Par exemple, dans d’autres ouvrages il y a souvent la présence d’un lien magique entre le corps et l’esprit, lien qu’il ne faut pas rompre au risque que l’esprit ne puisse pas revenir dans le corps, mais cela ne semble pas le cas dans Evariste.

J’ai fait assez peu de recherches sur le sujet. J’ai repris ce que je savais des légendes asiatiques sur le sujet, du docteur Strange encore une fois et du Lama Blanc, de Jodorowsky et Bess. De cette dernière bédé, j’ai gardé le cordon ombilical entre le corps et l’âme, mais seulement si l’âme se déplace dans notre univers. Dans l’Abîme, comme je le disais plus haut, l’espace et le temps sont différents. L’âme peut voyager sans trop de risque. Mais c’est tout même grâce à ce lien qu’Evariste s’en sort à la fin du roman.

Mathieu : Les objets magiques sont nombreux dans le livre : amulettes, objets maudits… y a-t-il des symboliques sur les objets et qu’elles ont été tes inspirations pour le livre ? En particulier les cristaux sont souvent des vecteurs ou contenant magiques, ils sont aussi présents dans Evariste (miroir de Chronos, guérison de Coralie), quelles sont les théories sur le sujet ?

Là, j’ai juste regardé dans mes grimoires (le vieillard de la Montagne, le livre des pentacles etc.) ce que je pouvais réutiliser tel quel. Les pentacles par exemple et certaines amulettes. Ou le reliquaire Kota, dont j’avais une copie. Pour le reste, comme les miroirs, j’ai inventé en essayant de trouver une symbolique qui tienne debout.

Mathieu : Quelles sont les traditions ou sources qui t’ont inspirées ou que tu as utilisées pour les Mudmen et les élémentaires ?

Les chimbus, et d’autres tribus comme les Asaro, ont une espèce de fête des morts, où les jeunes se déguisent en squelettes et en morts vivants à l’aide de boue. Le résultat est assez impressionnant. Quand j’ai découvert cette tradition je me suis tout de suite dit : « ça c’est bon pour Évariste ! »

Mudmen Chimbus

Mudmen Asaro

Mathieu : Peux-tu nous en dire plus sur ce lieu hors du temps et avec sa volonté propre qu’est le Drapeau de la Liberté ? On parle souvent de lieux de puissance magique mais celui-ci semble un cas bien particulier.

C’est un restaurant véritable, dans le 15e, tenu par un vrai monsieur Qwan. J’ai juste changé légèrement le nom. Pour le reste, j’ai décrit tout à fait ce que j’ai vécu quand je venais prendre mon café là-bas en début d’après-midi ou en fin de matinée (l’ambiance est plus animée le soir : c’est une adresse très prisée). J’ai eu l’impression d’avoir glissé dans une bulle hors du temps et ça m’a vraiment marqué. La clientèle à ces heures creuses était vraiment étonnante. La scène où monsieur Qwan donne le secret de l’immortalité aussi est réelle, elle aussi. Ne courrez pas chez lui pour cette raison : c’était une métaphore pour défendre les mérites de l’éducation, car monsieur Qwan a été professeur à Saïgon. Par contre allez-y pour la nourriture qui est excellente et bon marché. J’ai aussi essayé de dépeindre monsieur Qwan tel que je l’ai découvert : souriant, sage, gentil et pittoresque. J’avais un peu peur de le vexer sans le vouloir. Alors un peu après la sortie du livre, je suis allé le voir. Et il était ravi : des clients avaient trouvé son établissement grâce aux indications du roman. Ça lui avait beaucoup plu.

La page facebook de chez monsieur Qwan. Dites lui bonjour de ma part.

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :