De la Lune et du sang

Comme vous l’avez deviné en lisant l’intitulé de ce blog, je me propose de vous faire partager ce que j’ai appris en effectuant des recherches dans le cadre de mes travaux d’écriture et le long de mes lectures. Ça changera du blog fourre-tout que je maintenais tant bien que mal depuis des années. Et si vous ne me lisez pas régulièrement tant pis : écrire ce qu’on a appris participe au processus d’assimilation.

Attention, la formule est en rodage, hein. Je compte sur votre indulgence dans un premier temps1 ! Mais n’hésitez pas à me faire part de vos suggestions et posez-moi plein de questions et de commentaires en bas de page.

Après chaque article, j’indiquerai le temps passé à effectuer ces recherches, histoire de vous démontrer que je vous en donne pour votre argent… et que tout compte fait, ça ne prend pas beaucoup de temps, de nos jours, de bien se renseigner sur un sujet.

Pour ce premier volet, je vais vous raconter comment une nouvelle de SF m’a conduit à m’intéresser à la topologie de la Lune et au comportement du sang après la mort. Vous trouverez en bas de page quelques sources intéressantes pour aller plus loin ainsi que toutes les notes de bas de page dont j’adore émailler mes textes.

Un peu de sélénologie2

Pour cette nouvelle, j’avais besoin d’une base lunaire, si possible dans un endroit parlant. Les cratères sont généralement de bons candidats. Ils sont pittoresques, facile à positionner sur une carte, et on peut accrocher des bases dans le fond.

Problème : pour moi, la Lune, c’est ce visage dans le ciel qui nous regarde en souriant certaines nuits3. Mes notions sélénographiques s’arrêtent là.

J’ai commencé à creuser la question (merci internet) et voilà ce que j’ai appris, pêle-mêle :

  • La première carte connue de la Lune a été réalisée par William Gilbert, astronome de la reine Élisabeth Ier à la fin du XVIe siècle. Il s’agit de la première carte connue de la Lune. Son auteur se désolait d’ailleurs de ne pouvoir la comparer avec des cartes plus anciennes. C’est aussi la dernière carte a être réalisée sans téléscope. Pas étonnant, car mon petit neveu ferait mieux.
    On comprend tout de suite pourquoi il n'y en a pas eu avant. Les anciens avaient dû probablement essayé, avant de détruire le dessin devant le résultat.
    On comprend tout de suite pourquoi il n’y en a pas eu avant. Les anciens avaient dû probablement essayer, avant de détruire le dessin devant le résultat.

    Galilée cartographia grossièrement la Lune aux instruments à son premier quartier en 1610 mais le résultat n’est pas fameux non plus.

  • À mon goût, il faut attendre Jean Dominique Cassini4 pour commencer à avoir une carte digne de ce nom, mais les curiosités locales ne sont pas encore nommées.

    Carte du patriarche Jean Dominique Cassini, vers 1680. Source Gallica.fr
  • La carte réalisée par le cartographe allemand Richard Andree en 1881 reste encore aujourd’hui très agréable à utiliser. C’est d’ailleurs celle que j’ai finalement, car c’est une des plus claires, avec tous les noms de cratères connus à l’époque.
    Source Wikipedia.
    Source Wikipedia.

    Attention toutefois : pour une raison qui m’échappe, la Lune y est représentée avec le sud en haut de la carte5.

  • Le cratère Copernic, où se situe une bonne part de l’action de ma prochaine nouvelle, est un joli trou hexagonal de 93 km de diamètre.
    Qu'il est beau !
    Qu’il est beau !

    Il a été nommé en 1651 par Riccioli en l’honneur à Nicolas Copernic, qu’on ne présente plus. Pour la petite histoire, c’était le lieu d’atterrissage prévu pour la mission habitée Apollo 18, qui a été annulée au dernier moment. Il est situé assez près du centre géographique de la face visible6.

    Oui, je sais, c’est une légende en Comic Sans Serif. Allez vous plaindre à l’auteur (voir sources en bas de page).
  •  La muraille qui l’entoure forme des paliers qui culminent à 3700 mètres et son centre est marqué par trois montagnes de 1200m de haut. L’impact a produit une pluie d’éjectats qu’on peut encore voir aujourd’hui et une nuée de cratères secondaires, produits par les débris les plus gros.
    Le choc a dû être spectaculaire, mais comme il a eu lieu il y a 800 millions d’années, personne n’a pu en profiter. Dommage.
  • L’atmosphère lunaire est anecdotique. 80000 atomes par centimètres cubes environ, principalement de l’hélium et de l’argon. C’est peu et en plus le fond de l’air est frais : -170°C à l’ombre. Par contre, au soleil la température monte à 100°C. La faible atmosphère fait qu’il n’y a pas de gradient de température notable entre l’ombre et la lumière. Vous êtes au soleil et le thermostat de votre climatisation est déréglé ? Pas de pot, il fera 100°C dans votre combinaison en quelques instants. Vous vous abritez derrière le module lunaire pour ne pas mourir grillé ? Il fait aussitôt -170°C autour de vous et vous allez geler sur pieds.

Franchement, la Lune comme destination de vacances, c’est nul.

Voilà entre autres ce que j’ai appris de neuf sur notre joli satellite. Si vous voulez regarder de plus près, je vous recommande le site d’astrogéologie américaine, qui vous permettra de créer vos propres cartes à partir d’images satellites de la Lune et de plusieurs planètes.

De son côté, Google propose un service Google Moon pas très compliqué à utiliser.

Vous pouvez aussi, si vous le préférez, télécharger l’atlas Lunaire de Patrick Chevalet et Christian Legrand en cliquant ici. Il en existe d’autres.

Temps de recherche : 50 minutes

Le sang après la mort

Note : attention, les lignes qui vont suivre peuvent heurter les estomacs délicats.

Souvent, les écrivains tuent des gens dans leurs livres (mais pas que). Comme la plupart ne savent pas trop comment s’y prendre, leurs historiques de navigation sont pleins de sites inquiétants, comme sur mon navigateur ces derniers temps.

J’avais notamment besoin de savoir ce que devenait le sang après la mort afin de décrire fidèlement une autopsie. Même si j’avais lu les trois volumes des chroniques d’un médecin légistes7, la seule forme de sang mort que je connaissais avec précision jusqu’alors se présentait sous forme de boudin aux oignons (ou en purée avec du paprika. Miam).

Je décidai donc d’aller fouiller quelques sites spécialisés. Je lançai mon moteur de recherche préféré et me plongeai avec délice (et un pince-nez) dans les méandres des sites de thanatologie.

Et voilà ce que je peux vous en dire :

  • Après votre mort, le sang ne circule plus et quitte les artères au profit des veines et des capillaires. C’est d’ailleurs pour cela que les anciens croyaient que les artères permettaient de faire circuler l’air : il n’y avait plus de sang à l’intérieur car les corps qu’ils autopsiaient n’étaient pas assez frais.
  • Comme toutes les cellules du corps, les globules vont se décomposer peu à peu. Ils libèreront alors l’hémoglobine qui va « tomber » vers les zones basses du corps. Ce phénomène provoque la lividité cadavérique. Les premières lividités8 apparaissent dans le cou au bout de 20 minutes environ. Au bout de 2 heures, le visage et le cou sont totalement blancs, mais les couleurs reviennent si vous pressez la peau. Au bout de 14h, on atteint un maxima. Au bout de 24h, la lividité est irréversible jusqu’au démarrage de la putréfaction9.
  • Dans les zones basses du corps, la couleur de peau devient bleue. Un petit truc rigolo : si on retourne le corps, la tache colorée va changer de position au bout de quelques minutes. Pour le remettre dans l’état où vous l’avez trouvé, il suffira de le retourner à nouveau. Un vrai sablier !

Eh ! Chéri ! Je vais faire des oeufs à la coque. Tu peux retourner le cadavre ?

  • Une partie de l’hémoglobine va s’arrêter dans les tissus et les organes. les colorant en rouge, ce qui rend la viande plus appétissante10.
  • Le sang mort ne coagule pas. Il devient visqueux et noircit peu à peu, ce qui fait ressortir les veines.
  • Ensuite, la putréfaction intervient, plus ou moins rapidement selon le climat, le milieu et la santé du défunt au moment de sa mort. Par exemple, dans le sable, les fluides sont absorbés très rapidement ce qui stoppe la putréfaction : une victime de septicémie ou d’un cancer verra la vitesse de putréfaction doubler.

Pendant les mois qui suivront, votre corps va continuer son petit bonhomme de chemin sans vous : des petites bêbêtes viendront pondre ou manger un morceau, le corps va héberger des colonies gigantesques de bactéries et de moisissures, ses fluides vont nourrir les plantes environnantes et il lui arrivera bien d’autres aventures passionnantes11.

Temps de recherche : 2 heures.

Bonus : une technique pour choisir un nom de personnage

  1. Allez sur Youtube
  2. Cliquez sur une vidéo, n’importe laquelle (évitez quand même les clips).
  3. Sans vous attarder à la regarder (vous avez mieux à faire), regardez immédiatement les vidéos suggérées par l’algorithme.
  4. Reprenez les points 2 et 3 à plusieurs reprises.
  5. Regardez à nouveau la liste des vidéos suggérées. Vous trouverez forcément un nom, soit celle d’un youtoubeur, soit celle d’un personnage de la vidéo.

C’est comme ça que j’ai baptisé un de mes personnages Mirko après être tombé sur le match de boxe Mirko Crocop vs Gabriel Gonzaga.

Ils sont mignons hein ? Mirko, c'est celui de droite. Pour info, c'est lui qui a gagné le combat.
Ils sont mignons hein ? Mirko, c’est celui de droite. Pour info, c’est lui qui a gagné le combat.

Mirko Crocop (de son vrai nom Mirko Fillipovic) est une célébrité dans le milieu de la boxe pied-poing. Il s’agit d’un ancien policier croate, ancien des services spéciaux et un ancien député. Bref, ce n’est pas n’importe qui.

Histoire de ne pas faire un clin d’œil trop appuyé à ce boxeur (ça n’aurait eu aucun sens dans mon histoire), je le rebaptisai Mirko Vinkovci, du nom de son village de naissance (merci Wikipedia). Et voilà ! Ni vu ni connu. Sauf de vous.

Temps de recherche : 10 minutes.


Sources

Pour finir, mon travail ne serait pas complet si je ne vous livrais pas quelques sources qui vous permettront d’en apprendre d’avantage.

La Lune

La vie du sang après la mort

J’espère que vous avez aimé cet article.

À bientôt pour un nouvel étalage de science !


  1. Vous pourrez me lyncher dans quelques mois.
  2. Etude de la Lune. À ne pas confondre avec la sénologie, qui est l’étude du sein.
  3. En Chine, on voit un enfant allant chercher de l’eau.
  4. Dit « Cassini 1er », premier d’une dynastie de quatre grands astronomes.
  5. J’ai plusieurs théories. La première est que Andree travaillait la tête en bas comme les chauves-souris. La seconde, c’est qu’il a réalisé le dessin d’abord et que lorsqu’il a ajouté la légende à l’envers. Au lieu de tout refaire, il a placé le sud vers le bas. Dernière possibilité, c’est qu’il travaillait avec un télescope à miroir et n’avait pas envie de se casser le tronc à retourner un dessin qui n’allait servir à personne.
  6. Centre situé au milieu de la petite mer nommée Sinus Medii.
  7. de Michel Sapanet, voir sources.
  8. Attention, la lividité cadavérique ne donne pas une peau blanche, mais bleutée.
  9. Au bout deux jours, la peau du ventre verdi. Au bout de huit, la peau est entièrement verdâtre.Oh ! Mais peut-être étiez-vous en train de déjeuner ? Excusez-moi !
  10. Sans plaisanter, c’est un mécanisme utilisé pour assurer la maturation de la viande.
  11. J’aime finir un article sur une note optimiste !

6 réflexions au sujet de « De la Lune et du sang »

  1. Superbe Olivier
    Il m’a été dit que je devrais aussi tenir un blog plutôt que d’envoyer mes news du vendredi.
    Cela dit aurais je la qualité d’écriture que tu as…
    Dans tous les cas ton partagé d’informations est une excellente chose de mon point de vue.

  2. Merci pour cet article Olivier.
    Les chroniques d’un médecin légiste devraient être obligatoires pour les auteurs de polar (à minima).

  3. Je pense aussi. Je ne remercierai jamais assez mon ancien généraliste, le Docteur Gasquère, de m’avoir fait découvrir ces livres.

  4. Pour moi, c’était l’émission le journal de la santé.
    Par la suite, ils avaient même fait une reconstitution (scène de crime et autopsie) avec le docteur Sapanet. C’était bien, je regrette de ne pas l’avoir téléchargé.

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