Le caca et la science.

Les scientifiques s’intéressent à tout, c’est bien connu. Y compris à des choses auxquelles vous ne vous intéressez que contraint et forcé. 

<

p class= »p1″>Par exemple, le caca.
Chez certains d’entre eux, le caca attise la curiosité, voire même la convoitise.

Ce ne sont pas des coprophiles (d’où connaissez vous ce mot, d’ailleurs, bande de sales ?), mais les scientifiques.

Les collectionneurs de coprolithes

Les premiers à s’être intéressés aux matières fécales sont les paléontologues, notamment le Britannique William Buckland, qui découvrit le premier caca fossile en 1823. Prit d’une soudaine passion (et peut être parce qu’il est plus facile de trouver des coprolithes que des os entiers), il en démarra une collection. On raconte qu’ayant trouvé un coprolithe géant, il le fit découper pour en faire un plateau de table et qu’il invitait ses amis à prendre le thé dessus (ce devait être une bouse de diplodocus, au moins). Le petit saligaud devait bien rire.

Les archéologues ne sont pas en reste. Dans leur cas, ils s’intéressent plutôt aux excréments humains. L’exemplaire le plus connu est le coprolithe de la Lloyd Bank, découverte dans les années 70. Il s’agit d’un magnifique colombin de Viking datant du 9e siècle, découvert sur le chantier de la banque Lloyd à York en Angleterre. Le précieux résidu est exposé dans le musée Viking de York où il fut gravement endommagé en 2003 par un professeur accompagnant une visite scolaire. Je vous conseille la lecture de l’article du Guardian relatant ce triste évènement et intitulé  : « Museum’s broken treasure not just any old shit« .

Il reste que ces petits souvenirs du passé ne sont pas très prisés : on les négocie entre 15€ pour les plus petits et 15000€ pour les crottes de dinosaures les prestigieux, comme le T-Rex, ce qui ramène le kilo de crotte de tyrannosaure à moins de 2000€ le kilo. Quatre fois moins qu’un kilo de truffe.

Les échelles scatologiques

L’échelle de Bristol

Il fut un temps obscur où les médecins du monde entier étaient démunis devant le caca. Comment en parler aux collègues sans pouffer ? Comment faire confiance au patient pour décrire son offrande à la nature ? Faute de moyen commun de mesure, chaque médecin devait mettre la main à la pâte et le nez dans les affaires peu ragoûtantes des autres. Beurk.

Heureusement, la lumière vint et comme souvent, elle vint d’Angleterre ! En 1997, le Dr. Stephen Lewis et Dr. Ken Heaton de l’université de Bristol mirent au point un référentiel permettant de qualifier précisément la texture du caca. Afin d’aider votre médecin traitant dans son dur (et dégoûtant) labeur quotidien, je vous la livre ici, pour usage ultérieur.

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Merci à Wikipedia pour l’image. Vous noterez les jolies illustrations en couleur.

Cette échelle est encore utilisée et on trouve pas mal de publications scientifiques se félicitant de son existence (je vous laisse chercher).

Le détecteur de prout.

Plusieurs études sérieuses visent à offrir à l’humanité une échelle fiable pour mesure le prout tant qualitativement que quantitativement.

Le docteur Michael Levitt de Minneapolis (et homonyme du prix Nobel de chimie en 2013, c’est amusant) s’est longuement penché sur la composition des pets. Entre 1976 et 2005, il publie pas moins de 13 publications sur le sujet ! Il alla jusqu’à faire renifler des pets à des volontaires pour établir une classification olfactive qui lui permit de déterminer que les pets des femmes étaient plus virulents que ceux des hommes, mais moins nombreux. Génie !

Ce n’est pas la seule initiative de ce genre. 

Par exemple, deux étudiants de l’université de Cornell (New York, USA), Robert Clain et Miguel Salas se sont penchés en 2009 sur la création d’un appareil de mesure dont le but est, je cite : « un appareil permettant de mesurer la magnitude des pets, avec une échelle de 0 à 9, suivant le son, la température et la concentration des gaz ». Rien n’indique qu’ils aient obtenu leur diplôme pour ça.

Le pet de hareng, enfin détecté !

Puisqu’on parle de détecteurs, continuons sur la lancée : en 2004, un équipe de scientifiques suédois parvint à détecter un pet de hareng à l’aide d’un nouveau sonar ultrasophistiqué. Étonnement, deux équipes indépendantes, l’une au Canada l’autre en Écosse, firent la même découverte simultanément (j’aurais dû intituler cet article « un sonar en temps de pet », mais ça aurait été trop facile). L’histoire des sciences s’en trouva bouleversée : après des millénaires de doute, nous avons enfin la preuve que les poissons pètent ! 

Pour la petite histoire, ces bruits de pets marins sont très similaires aux bruits que font les sous-marins nucléaires russes, ce qui pose des problèmes de défense sérieux aux marines du monde entier. Moi, j’en déduis que soit les sous-marins russes sont discrets, soit les harengs pètent particulièrement fort.

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Un Norvégien s’amuse à enflammer un pet de hareng sur la banquise. Les Scandinaves sont de grands enfants. Crédit photo : Sp0n.

Le laboratoire d’Heidelberg

Penchons-nous maintenant sur les intéressants travaux du professeur Peer Bork, de l’université d’Heidelberg (Allemagne).

Intéressé par l’étude du macrobiote intestinal humain (une masse de bactéries vivant dans notre tube digestif et si lié à notre comportement qu’on l’appelle parfois le deuxième cerveau), le professeur Bork se demanda très justement s’il le macrobiote variait en fonction de l’âge, du milieu, de la géographie et des habitudes alimentaires.

Pour répondre à cette intéressante interrogation, il dut se résoudre à démarrer une collection d’excrétions humaines venues du monde entier. En faisant appel au volontariat, il en a collecté jusqu’à présent plus de deux mille et son service reçoit 4 nouveaux échantillons par semaine, venant de tous les pays du monde.

L’étude n’est pas terminée, mais les premières conclusions sont déjà extraordinaires : il n’existe que 3 grands types de flores intestinales dans l’humanité, totalement indépendantes du lieu, du régime alimentaire. On a aussi trouvé une relation entre le microbiote et l’obésité. L’équipe de Peer Bork (et pas Berk, hein, essayez de ne pas céder à la facilité) travaille d’ailleurs sur les bénéfices des greffes fécales sur les patients atteints d’obésité chronique.

Ne soyez pas en reste ! Vous aussi, vous pouvez contribuer à l’étude en envoyant votre petite donation en nature à : 

EMBL Heidelberg, Bork Groupe, Meyerhofstraße 1, 69117 Heidelberg, Deutschland.

Deux conseils, contactez d’abord le laboratoire et La Poste vous remercie d’avance de fermer hermétiquement le pot à prélèvement avant de l’envoyer.

Conclusion

Comme vous pouvez le voir, on peut parler abondamment de nos excréments. L’humanité en tire de grands bénéfices scientifiques et l’occasion de renouer avec le rire gras. D’ailleurs, il faudra que je tienne une vieille promesse et que je vous parle un jour de l’urine à travers les âges.

Mais le caca et le prout ne doivent pas prêter seulement à rire. Ils peuvent nous rappeler l’humilité de notre condition animale : quoi que vous fassiez de votre vivant, la seule chose que vous laissez à la postérité de façon durable termine au fond de la cuvette.

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