Ce qui m’inspire (épisode 4)

Les nuits secrètes de Paris, de Guy Breton.
Un livre plus drôle que ce que la couverture laissait présager, présentant un florilège de sectes étranges et rigolotes des années soixante.

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J’ignore s’il y a une part de fabulation dans ce livre, mais Guy Breton était un historien connu pour ses ouvrages de vulgarisation et ses chroniques radio. Le sens de la narration est là (il a par exemple un sens de l’ellipse dans la grivoiserie qui me rend jaloux) et les détails qu’il donne sur les sectaristes et leurs théories m’ouvrent des portes insoupçonnées jusque là (Évariste sera content).

Un petit extrait ?
« Lorsque j’appris que les astrologues hindous annonçaient la fin du monde pour le lundi 5 février 1962, j’annulai un rendez-vous frivole avec mon contrôleur des contributions et je me précipitais chez M. Guipert, négociant en tapis, rue Vivienne. »

Une phrase qui n’aurait pas dépareillée dans le dernier Évariste, n’est-ce pas ?

100 !

Je viens de passer le cap de la 100e page ! Mon roman avance, mais avec une moyenne de 16 pages par mois… c’est une petite moyenne , mais j’ai très peu écrit les trois premiers mois.

Vous ne m’avez rien demandé, mais je vous donne un petit extrait (brut de décoffrage, vue l’heure).

Je m’interrogeai un instant sur la nature de ma frousse actuelle. Je n’avais pas eu aussi peur depuis des années, depuis cette bagarre au lycée où une petite frappe surexcitée avait sorti un couteau et manqué de peu de m’ouvrir le ventre.
Cela venait-il du fait que, pour une fois, mes pouvoirs avaient semblé inopérants ? Ils ne m’avaient jamais fait défaut jusqu’à présent.
C’était également la première fois que j’étais défié par une personne visible douée de pouvoirs. Etait-il bon ? Meilleur que moi ? Je me faisais l’impression d’un boxeur ne sachant pas la veille du combat s’il affrontera un tocard ou le champion du monde en titre.
Je fermai l’oeilleton et retournai dans mon salon.
Je poussai un hurlement : un type m’attendait dans mon sofa !
Par réflexe – et avec je ne sais quelle énergie, la mienne sans doute –  j’envoyai une décharge vers la forme que j’avais à peine identifiée… J’aurai dû prendre le temps de viser. La boule de feu rudimentaire s’écrasa contre le mur à un mètre de la cible, ruinant mon mur, une lampe et le coin de mon canapé. Quant à mon nouvel intrus, je ne l’avais même pas fait sursauter.
Ce n’est que lorsqu’il se leva, doucement les mains levées, que je le reconnus.
– Gidéon Bomba ?? Comment… ? Qu’est-ce que… ? Mais pourquoi… ??
Entre le stress, la surprise et le fait que Bomba ne parlait pas la langue, j’avais du mal à gérer les questions stupides qui se bousculaient dans mon crâne. Le mieux à faire était encore de prendre un air totalement exaspéré, ce que je fis sans trop me forcer.
Il comprit mon message corporel à la perfection et y répondit à sa manière.
– Monsieur Cosson, excusez-moi de vous avoir fait peur et de vous avoir irrité en faisant irruption chez vous de la sorte.
Mon cerveau se donna une claque sur le front en poussant un râle exaspéré et raya l’information erronée de la liste précédente.
– Vous parlez français ?
– Entre autres.
Il parlait avec une voix de basse qui semblait sortir des abysses de sa barbe crépue, mais c’était une voix qui s’exprimait avec un accent parfaitement académique et complétement incongrue, vu son aspect farouche d’anthropophage mal civilisé.
– Mais pourquoi Kadiaké croit-il… ?
– Ce que les gens ignorent vous rend plus fort.
Si on excluait le fait qu’il avait un faciès à faire hurler au coin d’un bois, qu’il était probablement incapable de défroncer les sourcils, et que chez son peuple, le sourire était peut-être encore une façon de montrer les dents avant de mordre, il paraissait calme, serein, pas du tout agressif. Mais il n’avait tout de même rien à faire là !
C’en était trop pour une seule matinée. Je dus m’asseoir, malgré mon envie de foutre le camp.
– Si je vous demande comment vous êtes entré, demandai-je après un moment, vous allez me répondre que la porte était ouverte ?
– Exactement ça !
Bomba souriait de toutes ses dents. Cela faisait une sorte de grande fermeture éclaire blanche au milieu du noir.
– J’ai profité que Corlay avait forcé votre entrée juste avant, puis je vous ai attendu sagement dans mon coin.
– Ca n’est pas possible ! J’ai exploré toutes les pièces quand j’ai senti une présence, et il n’y avait que Corlay !
– Vous savez invoquer un esprit, vous pouvez lancez des pluies de feu, votre porte est magique, et vous prétendez que passer inaperçu chez vous, c’est impossible ? Que ce soit dans la forêt, sur une place publique ou dans votre salon, un sorcier Chimbu est invisible, sauf s’il veut bien qu’on le voit !
– D’accord ! D’accord ! criai-je la tête dans les mains. Déballez-moi votre histoire, qu’on en finisse !
N’importe quoi pour qu’il se taise, pour que tout le monde se taise surtout. Je voulais que cet entretien se termine, qu’il sorte, que je puisse retourner sous la couette en attendant que le monde s’écroule.
– Je suis venu vous proposer ma protection.
– Contre… ? Corlay ? Je suis assez grand pour me protéger tout seul !
– Je peux sentir le pouvoir en vous. Vous êtes puissant. Vous maîtrisez des arts magiques qui sont inconnus de mon peuple. Mais vous vivez dans une société qui a banni la violence et vous n’avez jamais fait la guerre autrement que dans des jeux vidéos. Contre un adversaire plus déterminé, vous perdrez. Moi, je suis un guerrier Chimbu autant qu’un sorcier et mon peuple est en guerre civile depuis que Muatabé du clan des Kamanegu a volé un cochon à Agai, du clan des Naregu.
– Excusez-moi, mais ça date de quand ? Je ne situe pas bien l’évènement dans le temps…
– C’était il y a sept cents lunes environ.

Je me livrai à un rapide calcul mental.
D’habitude, on a toujours un verre aux lèvres lorsqu’on découvre ce genre d’informations, histoire que vous puissiez cracher sur votre vis à vis avec un grand « pfrrrrrrrrrrt », mais la loi de Murphy a bien des mystères et je dus me contenter de m’étrangler avec ma salive.
– Arg ! Mais ?? Ca fait vingt-mille ans !
– Oui… Peut-être un peu plus… Nous ne sommes pas très porté sur les calendriers dans nos montagnes.
– Vingt mille ans, incrédulai-je une fois remis de mes émotions ! Et vous n’avez pas réussi à vous mettre d’accord depuis ce temps-là ?
– Impossible. Le vol d’un cochon est puni de mort. Mais la famille du mort doit impérativement venger son assassinat sous peine de se voir hanté par le fantôme de la victime. De plus, un affront fait à un membre du clan doit être lavé par l’ensemble du clan. Parfois on invite les clans voisins. C’est toujours une occasion de faire la fête.
– Mais aucun conflit ne parvient jamais à une conclusion !
– Uniquement parce que les perdants courent toujours trop vite pour qu’on les rattrape. Allez savoir pourquoi.

Le Ferrovipathe

Une foule en délire, composée exclusivement de Claude Longelin, me demande où trouver le Ferrovipathe, la meilleure nouvelle ex-aequo au prix Zone Franche 2010, et me demande aussi s’il y a moyen d’en publier ici un extrait.

Si vous avez  11 € à dépenser, je vous recommande d’aller sur la boutique du Club Présence d’Esprits pour vous payer un somptueux abonnement à AOC (Aventures Oniriques et Compagnie). Vous recevrez le numéro 13 qui contient ma nouvelle et 3 autres numéros, tout aussi bon.

Autre solution : attendre la sortie du numéro 14 pour acheter le numéro 13 sur la boutique, à 3€ le numéro.

Dernière possibilité : connaître quelqu’un qui possède l’AOC n°13 (ou le numéro spécial publié pendant le Festival de Bagneux) et veut bien vous le prêter.

Et maintenant, comme demandé, un petit extrait :

Le Ferrovipathe

C’est pas possible d’être encore obligé de rendre visite à ce cinglé !
— Allons ! On ne vient pas si souvent…
— C’est la deux millième fois qu’on se tape les discussions de ce malade ! Chais pas ce qui vous faut !
La Mort fixa son compagnon d’un air aussi maternel qu’énucléé.
— Charon… Que sont deux mille ou quatre mille heures au regard de l’éternité ?
— En face de ce type ? Une éternité à peine plus petite !
Indigné, le vieillard frappa le sol de sa godille.
— Ah ! Heureusement qu’on a un an pour se remettre de chaque rancard !
— Arrêtez donc de râler
pour changer ! Cette visite ne sera peut-être pas inutile cette fois-ci.

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10000 = 60000

10000 mots, ça fait environ 60000 caractères. 6 lettres pas mot en moyenne. C’est ce que je me disais tout à l’heure en parcourant le travail accompli depuis quelques semaines, autour de ma nouvelle en cours.

Il s’agit de « Recrutement », dont je vous avais gratifié de quelques extraits ici.
J’ai un peu dérapé, et je présents que le bazar devrait dépasser les 20000 mots allègrement.

Une novella, c’est sûr. Un roman, je ne crois pas, mais je n’ai pas toute l’histoire en tête alors qui sait ?

Reste à le finir, à le relire, à le faire publier. Je ne suis pas rendu…

Mais sachez qu’il y aura du sang, de la sueur, du sexe, du paranormal et des bilans financiers à l’intérieur de cette prose ambitieuse (en tout cas, la plus ambitieuse que j’ai jamais tapoté) !

Allez, un petit extrait pour vous allécher (attention, il ne suit pas du tout l’extrait précédent. Je veux juste vous montrer où j’en suis) :

« Est-il éthique de s’envoyer une cliente ? »

C’est la question que je me posais le matin suivant, assis sur le lit défait. A la question philosophique succédèrent des considérations plus prosaïques. Comme devais-je appeler Nadine Desportes après ce qui venait de se passer ? Madame Desportes ? Nadine ? Ma pupuce ? Quelle position devais-je adopter d’un point de vue commercial si par exemple elle me demandait une ristourne ? Quand pourrais-je caresser à nouveau ses seins magnifiques ? Ce soir ? Jamais ? Et si elle considérait cette nuit comme un accident fâcheux à ne pas renouveler, pourrais-je seulement travailler avec elle sereinement ?

Il me fallait tout de suite crever l’abcès.

Elle dormait sur le ventre, la tête tournée contre le mur. Je me penchai sur elle et tentai de la réveiller doucement. J’y parvins, à force de caresses le long de son corps de lait ponctué de minuscules taches de son. Mais avant que j’ai pu lui présenter mon problème de conscience, elle m’avait plaqué sur le dos, bien décidée à me chevaucher en amazone.

Le lendemain, j’étais fourbu mais pleinement satisfait de la vie. Mes muscles ronronnaient de satisfaction malgré leurs courbatures, mon cerveau était plein à ras bord d’endorphine, j’avais l’impression d’être en permanence dans un cocon de coton douillet. Le petit déjeuner et le trajet jusqu’à mon bureau s’étaient déroulés sans moi ; mon âme n’était pas encore entièrement revenue dans mon corps et j’avais l’impression de marcher à côté de mes pompes. C’est l’inconvénient d’être initié aux mystères de la sorcellerie : le moindre orgasme vous envoie le corps astral sur orbite.