Vu sur Twitter : Les petits bonheurs des IgNobels

Connaissez-vous les IgNobel ? Non ?
Il s’agit d’un prix scientifique qui récompense chaque année des chercheurs sérieux pour des recherches apparemment loufoques. Ce prix est abondamment commenté sur Tweeter1 à ma grande joie. J’adore apprendre qu’une scientifique a mis au point un soutien-gorge masque à gaz, ou qu’un autre à estimé qu’il fallait 2500 coups de langue pour finir une sucette.

Dernièrement, c’est un prix datant de 2007 qui m’a retapé dans l’œil de la scène grâce à quelques tweets par @RhadamanteWP :

Avec l'autorisation de l'auteur.
Avec l’autorisation de l’auteur.

Et oui, depuis quelqes années on arrive à extraire de la vanilline et le principe odoriférant du jasmin à partir de bouse de vache.  Fascinant, non ? Si vous voulez en savoir plus, je vous invite à regarder cette vidéo de 10 minutes, où l’heureuse élue, Mayu Yamamoto présente son travail :

C’est très drôle de voir des chimistes jouer ainsi avec des excréments, mais finalement, ce petit paradoxe n’est pas unique dans l’histoire, surtout en parfumerie : le musc est tiré de glandes abdominales d’un cervidé et l’ambre gris est produit dans des intestins de cachalots. Oui, c’est dégueu.

L’intérêt des recherches bizarroïdes

Mais je pense que vous avez compris ce qui explique pourquoi on paye des chercheurs à travailler sur des sujets aussi dégoûtants : derrière ces travaux, un jour, on finit par trouver quelque chose de capital : en fouillant la bouse tiède, on trouve le moyen de récupérer des produits chimiques à haute valeur ajoutée.

Tous les prix IgNobel n’ont pas cette chance, bien sûr, mais certains ont du potentiel. Exemple : les recherches sur l’influence du port du slip synthétique sur le rat sont très amusantes, mais quid si les conclusions démontraient une influence sur la stérilité ? Vous imaginez l’impact ?2

Et la découverte de l’attraction mortelle des pierres tombales noires sur les libellules ? Elle peut conduire à terme à des découvertes sur les perceptions des insectes et trouver des alternatives non chimiques aux insecticides, par exemple. Et je ne vous parle pas de la réparation des os de moutons avec des coprolithes3, qui ont fait avancer la recherche sur les greffes osseuses.

Un IgNobel deviendra grand

L’IgNobel a ses stars, la plus connue étant peut-être le Physarum polycephalum, alias le Blob, alias « multi-heads slime », alias « vomi de chien. »

Source Wikipedia
Source Wikipedia
Il s’agit d’un être monocellulaire macroscopique, pouvant atteindre des dimensions impressionnantes. Inoffensif, vivant dans le noir le plus clair de son temps et pas très appétissant4, il était considéré comme une sorte de champignon, jusqu’à une époque récente. En fait, jusqu’à ce que quelqu’un se rende compte que ce machin était capable de se déplacer de 4 centimètres à l’heure.

Depuis, on a appris qu’il est monocellulaire mais qu’il possède des millions de noyaux, qu’il peut doubler de taille tous les jours tant qu’il a de la nourriture, que le plus grand blob du monde mesure 1,3 km^2, soit la superficie d’une petite ville, qu’il possède 720 sexes5, qu’il est potentiellement immortel, qu’il peut se faufiler par un trou d’un micromètre de diamètre, qu’il est le recordman du monde de la cicatrisation, etc., etc.

Le docteur Toshi Nakagaki s’est vu remettre deux IgNobel grâce à cette étrange bestiole, ce qui ne s’était encore jamais vu.

En 2008, l’équipe du docteur Nakagaki avait obtenu un premier prix en démontrant qu’un blob était toujours capable de trouver son chemin hors d’un labyrinthe, mais surtout qu’il trouvait toujours le chemin le plus court.

En 2010, la même équipe gagna un second prix en en utilisant le blob pour optimiser le réseau ferré japonais. En effet, monsieur Nakagaki et son équipe avaient découvert que son blob était un champion de l’optimisation des déplacements. En mettant de la nourriture (des cornflakes) à l’emplacement des villes sur une carte du Japon, ils obtinrent, en quelques heures, une carte couverte de pseudopodes jaunes. Cette toile d’araignée formait un réseau parfaitement optimisé !

Depuis ces petites études rigolotes, plusieurs équipes dans le monde se penchent depuis quelques années sur les propriétés extraordinaires de cet étrange animal. Et, comme le faisait justement remarquer le Dr Audrey Dussutour, une spécialiste de cette bestiole, on peut être sûr qu’il n’y aura plus jamais d’IgNobel sur le Physarum Polycephalum.

Car on a découvert qu’il est capable de mémoriser alors qu’il ne possède pas de cellules nerveuses6 et qu’il peut transmettre ces connaissances à un congénère par simple contact.

Mais aussi qu’il produit une molécule pouvant ralentir le développement des cellules cancéreuses.

En fait, le prochain prix qu’il permettra de gagner, ce sera peut-être bien le prix Nobel de médecine, ou celui de biologie.

Bonus : le IgNobel de littérature 2017

Le IgNobel n’aurait pas été complet sans un prix littéraire.

Cette année, il a été offert au suédois Fredrick Sjöbergpour son autobiographie d’un chasseur de mouches, « The path of the fly collector ». Attention, c’est une trilogie.

Sources

La semaine prochaine : j’étale ma culture sur Evariste, mon polar fantastique.

  1. Comme quoi, on ne fait pas que s’insulter sur ce réseau social. La science y est très bien colportée.
  2. Ah, on me dit que oui, il y a une influence. Négative. M’en fout, je ne porte que du coton.
  3. Du caca de dinosaure lyophilisé. Oui, on y revient toujours.
  4. Il paraît qu’une tribu d’amérique du sud en mange. Mais pas sûr qu’ils aiment ça.
  5. Pas le blob géant. Tous. Ils ont tous 720 sexes. Le pied.
  6. Ben oui, me dites-vous : il est monocellulaire.