Prémonitions

Depuis que je suis arrivé dans le 12ème arrondissement, je me plaignais de la normalité affligeante du quartier. Je m’en plains encore1. Le problème vient autant de son histoire inexistante depuis as sortie des champs à la fin du XIXe siècle2, que de l’aversion des esprits pour les hipsters et les porsches cayenne.

Mais, ma présence faisant office de puissant catalyseur, on dirait que les choses sont en train de changer. Des bâtiments cachés à la vue commencent à apparaître sur mon chemin, des créatures bizarres envahissent Franprix, bref, les affaires reprennent.

Mais surtout, je suis pour la première fois victime de rêves prémonitoires récurrents.

Le dernier est tout frais et je vous en livre la teneur avant qu’il ne s’efface, car nombreux sont les gens concernés. J’espère seulement, cher lecteur, que tu ne me considéreras pas comme une Cassandre et que tu tiendras compte de mon avertissement.

Mon rêve avait la couleur étrange des rêves prophétiques : Rose et bleu, avec un motif floral en surimpression3.

Après une courte scène sans intérêt, les visions commencèrent. Je me vis prendre le métro pour me rendre à mon travail. Le RER A fonctionnait mal et je devais descendre à Charles de Gaulle Etoile pour continuer par la ligne 1 malgré l’influence. J’enchaînais la journée entre mails à écrire et réunions. Puis (et c’est là que ça devient intéressant), je devais quitter le travail un peu plus tôt pour aller chercher mes gosses à l’école ! Ah, et en rentrant je me rendais compte qu’il n’y avait plus de beurre dans le frigo. J’allais oublier le principal.

Alors, ok, ce rêve prémonitoire est un peu chiant, mais le fait qu’il n’y ait effectivement plus beaucoup de beurre dans le frigo est la preuve qu’il s’agit bel et bien d’une prémonition. 

D’ailleurs, si j’étais vous, j’irai tout de suite jeter un œil dans le frigidaire pour m’assurer qu’il reste de quoi faire des tartines. On ne sait jamais.

Et surtout : PRENEZ GARDE AU RER A !

  1. Vous me connaissez, j’adore ça.
  2. Bon, on a tout de même un charnier rue de Picpus et un meurtre mystérieux porte Dorée, mais c’est léger.
  3. Chez moi, ils sont comme ça. Ce n’est pas de ma faute si mon subconscient n’a pas plus de goût que moi pour les couleurs.

Occultisme balnéaire

L’occultisme ne prend jamais de vacances. La magie noire poursuit sans trêve ni repos ceux qui savent voir. Dont je fais parti, cela va sans dire.*

Je trouvais que mes vacances en Ardèche étaient bizarrement calmes. J’étais avec ma famille dans un dojo perdu dans des montagnes magnifiques, entouré de gens intéressants, sympathiques et compétents. Sans doute protégé par les lutins locaux (qui se manifestent via les loupes, ces billes de bois offertes par les arbres) et par les châtaigniers centenaires, j’ai pu m’empiffrer, faire des pains magnifiques et m’enivrer d’air pur sans qu’aucun esprit malfaisant ne vienne me casser les pieds.

Depuis, j’ai continué mon périple. Retour à Paris, où les puissances de la nuit semblaient aux abonnés absents en ce début de mois d’août, puis en route pour l’Espagne. Rien de notable n’eut lieu pendant le voyage, si on excepte la pluie suspecte qui salua notre départ à 7h du matin.

C’est durant une halte à San Sebastian que la réalité m’a rattrapé. Dans le port de plaisance cette magnifique cité basque, qui ai-je croisé, glace à la main ?

L’épouvantable maîtresse de grande section de maternelle de mon fils aîné. Avec sa permanente uniformément grise, ses lunettes en cul-de-bouteille et son sourire de sphinx constipé, elle respirait le mal, comme jadis. À la voir, ses remarques acides, ses moues méprisantes, ses silences plein de sous-entendus fétides me revinrent en mémoire. Combien d’ondes négatives projeta-t-elle sur moi et ma femme durant cette année maudite ? Quel pourcentage de toute l’énergie occulte du 15e arrondissement cette fraulein Rottenmeier a-t-elle produit durant toutes ses années ?

Mais surtout, que faisait-elle ici ? Se reposait-elle d’une dure année à maltraiter enfants et parents ? Était-elle en stage de formation auprès de l’ETA, afin d’affiner ses techniques de torture** ?

C’est lorsqu’elle me rendit mon salut*** d’un air effrayé que je compris son rôle : elle faisait partie du réseau qui épie mes gestes pour le compte de mes ennemis les Illuminatis. À moins qu’il ne s’agisse des Roses Croix.

J’aurai du mal à en avoir le cœur net, car je ne pourrai pas l’enlever ce soir pour la faire parler : j’ai prévu de faire la tournée des bars à tapas.
Vous comprenez, il y a des choses sacrées dans la vie.

Mais une question se pose : ceux qui siègent dans l’ombre vont-ils oser me suivre à Torral de los Guzmanes, l’endroit le plus perdu et ennuyeux de Castilla y Léon (Esp) ? Vous le saurez si je parviens à trouver le wifi dans les deux semaines qui viennent. C’est pas gagné.


* Mais je vous l’avais peut-être déjà dit.

** Depuis que l’ETA a déposé les armes, leurs hommes désœuvrés transmettent leurs savoir-faire à des belles-mères, des responsables des ressources humaines et des institutrices acariâtres.

*** Ce salut que vous faites en reconnaissant quelqu’un loin de chez vous, et donc sans aucune sincérité. Ne mentez pas, vous aussi vous faites ça.

Nouveau quartier, nouveaux mystères.

Vous le savez peut-être, mais je viens de déménager ; moments toujours fatigants et parfois même angoissants : avons-nous bien vidé l’ancien appartement de fond en comble* ? EDF va-t-Il bien migrer notre abonnement ? Aurons-nous un jour à nouveau accès à Internet ? Les voisins seront-ils tous des cons ou seulement certains ? Vais-je survivre aux effluves de peinture fraîche et si oui, ne vais-je pas malgré tout finir stérile ?
Autant de questions dont les réponses seront distillées au cours des jours qui suivent l’installation.

À ces préoccupations terre à terre s’ajoutent chez moi des inquiétudes plus ésotériques. Y’a-t-il des Roses Croix ou des Illuminatis dans l’immeuble ? ** Grudjief a-t-il fréquenté le café d’à côté ? Le clodo bien loqueteux du Monoprix est-il un esprit*** ? Peut-on trouver un druide ouvert le dimanche dans le quartier ?

Si je n’ai pas encore tout élucidé, je peux déjà vous dire que la réponse à la dernière question est « oui », en effet, il y a bien un druide dans le 12e arrondissement (en tout cas, qui y passe). Il s’agit de Stéphane Meyer, qu’on peut trouver dans le bois de Vincennes où il va régulièrement cueillir des herbes médicinales. Sa boutique en revanche est située dans le 5e arrondissement. Vous le reconnaîtrez facilement : il porte une barbe.

Hormis ce fait, le quartier semble étonnamment neutre mystiquement parlant. Pas de lignes de force tracées par d’éventuels souterrains, relativement peu de zones fortement chargées d’énergie émotionnelle. Sans doute parce que la zone s’étendant entre le cours de Vincennes et la Seine était autrefois un ensemble de champs et de jardins et que les drames survenant aux campagnols laissent peu de traces dans l’éther.

Pourtant, le déménagement avait commencé sous les meilleurs auspices, point de vue mystère : d’une part, j’ai immédiatement compris que l’un des déménageurs russes était le fruit d’une expérience soviétique pour produire un super-soldat (une expérience ratée) et d’autre part, j’emménage dans une rue du nom de « Vega », comme la planète des méchants de Goldorak, ou celle des extraterrestres ayant enlevé Pierre Monet en 1951****.

Mais non, depuis, c’est le calme plat. J’ai cependant espoir de trouver des mystères dans mon nouveau quartier.

Par exemple, pourquoi mon voisin d’en face, au 3e, a-t-il installé une résille à mailles larges à la fenêtre de sa chambre ? Veut-il interdire aux pigeons d’entrer ou cherche-t-il à empêcher quelque chose de sortir ? Ma femme penche pour des poulets vivants, mais je crois que l’explication est bien plus sinistre que ça.

Et pourquoi y’a-t-il des mouettes entre la rue de Toul et la porte de Vincennes, à des kilomètres du moindre point d’eau ? La mer s’est-elle retirée brusquement du quartier sans prévenir ? Les volatiles sont-ils perturbés par les prémices d’un changement de polarité de la Terre ?

Ou encore, pourquoi ma voisine du premier se promène-t-elle toute nue chez elle, à toute heure du jour et de la nuit ? Respecte-t-elle un rite mystérieux antédiluvien ? Pratique-t-elle un sabbat permanent dans son domicile ? Et le fait qu’elle étende son linge en même temps a-t-il une signification particulière ? Et à qui téléphone-t-elle si souvent en tenue d’Ève ? À un quelconque maître d’un ordre obscur ? Mon observation attentive de son comportement ces derniers jours ne m’en a encore délivré aucune réponse à ces questions, mais je continuerai ma surveillance pendant des mois s’il le faut, afin d’en avoir le cœur net.

D’ailleurs si l’un de mes lecteurs pouvait me prêter une bonne paire de jumelles, ou mieux, un appareil photo avec téléobjectif, cela me faciliterait grandement la tâche. N’hésitez pas à me contacter par mail dès que possible. D’avance merci.

PS : dans le précédent article*** j’avais promis de parler des lignes de force dans Paris. J’ai tenu ma promesse puisque j’en parle au 4e paragraphe du présent article. Si je suis de bonne humeur (ce qui dépendra des clichés que je pourrais faire de ma voisine du premier), je compléterai ces trois mots d’un article un peu plus conséquent. Après mes congés.


* Ce qui est une vue de l’esprit, car un appartement ne comporte généralement pas de combles.

** Les notaires devraient exiger un diagnostic de ces choses-là, comme pour la présence de termites ou d’amiante. Après tout, il n’y a rien de plus nuisible qu’un groupuscule Illuminati, hormis peut-être une invasion de petits gris (je ne parle pas ici des escargots).

*** Voir mon article précédent.

Mais aussi comme le nom du navire de l’explorateur Adolf Erik Nordenskiöld.

Les fantômes du quotidien

Je vous l’ai dit, l’occulte est partout. Mais nous ne sommes pas seulement entourés de manifestations paranormales. Nous croisons quotidiennement une foule d’esprits, et plus particulièrement de nombreux fantômes.

Pour ceux qui auraient besoin d’un rappel, le fantôme est la rémanence d’un esprit défunt, généralement mort dans des circonstances suffisamment douloureuses pour lui donner l’énergie psychique de rester parmi nous, bien que nous nous soyons empressés de nous débarrasser de son enveloppe charnelle usagée. Parfois, le fantôme peut être responsable de manifestations inexplicables et rarement désopilantes.

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les spectres les plus connus, banshee, poltergeist ou autres, ne sont qu’une minorité. La plupart des fantômes sont tellement intégrés à leur environnement, telle anodins,  que vous en croisez tous les jours sans vous en rendre compte. Par exemple, il est de notoriété publique que 5% des voisins bruyants sont en réalités des esprits tourmentés (la préfecture aurait même des chiffres concernant le nombres de fantômes amateurs de techno à plein volume). On ignore tout en revanche du nombre de fantômes calmes, mais gâgeons qu’ils sont nombreux.

Un autre exemple édifiant : Vous avez tous croisé un jour ou l’autre une vieille dame avec un caba rempli de poireaux, agonisant  les passants d’insultes toutes plus ordurières les unes que les autres. Devant ce spectacle affligeant, vous avez tourné pudiquement la tête en vous disant « ahlala faut pas vieillir allez ! » Ou « on n’a pas idée de se mettre dans cet état ».  Sachez que les rares fois où vous avez prononcez ses phrases à voix haute, vos voisins immédiats hochèrent la tête prudemment en ce demandant bien qui était ce fou qui parlait tout seul. Car moins de 5% des gens présents avaient perçu la vieille folle : vous êtiez, sans le savoir, en présence d’un esprit hurleur.

À la différence des Banshee irlandais, les esprits hurleurs français sont des réminescences de malades mentaux ou d’alcooliques morts dans la rue. Ils hantent généralement les lieux qu’ils fréquentaient de leur vivant, lors de leurs tribulations éthyliques ou schizophrènes.

Généralement, j’ignore superbement ces manifestations agressives et ça me réussit plutôt bien : tout à leurs malédictions, les hurleurs vous ignorent tant que vous n’essayez pas de les exorciser. 

Evidemment, ce n’est pas toujours aussi simple.

L’autre jour, un pochard polonais insultait les passagers de ma rame de métro, en remontant une à une les voitures. Il exhibait fièrement  une cicatrice sur l’abdomen en se ventant d’avoir reçu un coup de couteau et en promettant à tous les passagers de leur couper la tête. Un classique de l’esprit hurleur. Seules deux personnes changèrent de voiture à Bir Hakeim, les autres ne semblaient pas être importunées le moins du monde par ses manifestations. Rassuré, je m’empressais donc de replonger dans la lecture de Sumerki, l’excellent roman de Dmitry Glukhovsky (ed. Atalante) quand l’esprit hurleur, au moment de passer à ma hauteur, me colla un monumentale droite. 

Au temps pour moi, le gonze était bien réel.

Mes années de boxe chinoise me permirent d’encaisser et de gérer la situation assez facilement, mais j’étais assez énervé de m’être laissé prendre. Mais vous conviendrez avec moi qu’il était facile de faire la confusion.

Donc méfiez-vous lorsque vous croisez un hurleur : aussi improbable que cela puisse paraître, il s’agit peut-être d’un vrai dingue. 

Dans le prochaine article, je vous parlerai des lignes de forces qui courent sous Paris. Vous ne traverserez plus la ville comme avant.

Mon quotidien occulte

Il se passe des choses mystérieuses à Paris. Des choses qui relèvent des sciences occultes.   Certains évènements paranormaux sont si subtils qu’ils ne peuvent être détectés que par des initiés de haut-rang, « ceux qui savent voir ».  

Ayant acquis moi-même un certain niveau de clairevoyance, je vais lever un coin du voile sur ces manifestations des forces de l’au-delà. 

Prenons un exemple datant de ce matin.

Avant de partir au travail, ma femme me lance : « tu n’oublieras pas ton téléphone ? Il est sur le buffet. »

Je lui réponds « hon-hon » (j’avais la bouche pleine) et, comme je n’aime pas lui causer des frayeurs en n’agissant pas comme d’habitude, j’oublie aussitôt ce qu’elle vient de me dire. 

En chemin pour l’école avec mes deux charmants bambins cannibales, je me rends compte de mon oubli. 

« Diantre quel âne ! me dis-je. Tant pis, je ferai sans. »

Je prends le métro, le RER (en rade) et j’arrive à mon boulot. Et là, tenez-vous bien : en rangeant mes affaires sur le portemanteau, je découvre mon téléphone dans ma poche de veste ! 

Si ce n’est pas la preuve de l’existence des forces cachées qui nous entourent, je ne sais pas ce que c’est. La première explication rationnelle qui vient à l’esprit suppose qu’une esprit positif (le kami du téléphone ou les mannes d’un ancêtre) ait transporté le combiné du buffet à ma poche pour me rendre service. Mais on peut aussi supposer qu’une entité malfaisante me l’a rapporté dans le but inavouable de me pousser un peu plus dans les affres de l’addiction au télephone. L’avenir seul le dira. 

J’en connais qui objecteront : « tu as dû machinalement mettre ton téléphone en poche avant de sortir, c’est tout ». Ce genre d’esprits forts, repoussant les évidences au prix d’hypothèses farfelues ne peuvent que m’inspirer de la pitié. 

Une autre fois, je vous parlerai des fantômes que vous croisez tous les jours sans vous en rendre compte. Ce sera une autre preuve que, décidément, l’occulte est partout sous nos yeux.